la poison

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la poison

Message  cobeae le Ven 13 Fév 2009 - 22:45

(Ce texte est en ébauche et comporte bon nombre d'imperfections. Je compte le remanier et le retravailler.)

Joshua lui apportait ses quatre bouteilles de brandy, comme tous les dix du mois.
A peine eut-il poussé la porte que Louise geignit un "viens vite, on va se réchauffer. Sors deux verres, petit."
Le "Petit" enjamba Dorn le chat, benoîtement couché sur le côté, prit deux verres dans le vieux bahut écaillé et vint s'asseoir à côté de la vieille qui regardait sans le voir le feu crépiter.
Louise tourna vers lui son visage de sorcière mal léchée, cligna des yeux.
-"Je t'attendais pas de sitôt. Sers m'en un."
Il servit.

Elle buvait goulument, comme toujours et à deux mains.
L'alcool lui brûlait la gorge, elle chavirait dans un clappement.
Il ferma les yeux un instant.

-"Louise, Louise, Louise. Aujourd'hui tu vas mourir et peut-être que moi aussi. Aujourd'hui, Samedi dix Janvier 1986, Louise et Joshua vont mourir sans renaître, parce que Louise, tu vas me raconter leur histoire, et la tienne et la mienne avec, et tu la raconteras bien, vieille conteuse, jeteuse de charme!
On va prendre le temps, on va boire, on va se couvrir et puis se jeter des regards méchants.
J'ai vingt ans aujourd'hui, Louise. Ce que je ne peux pas me rappeler, toi tu peux puisque t'étais toujours fourrée dans ses jupes.
Alors accouche."

Elle marmonnait, la vieille Louise.
Les mains crochues dansaient dans l'ombre.
Depuis son attaque elle n'était plus aussi alerte, son corps ne lui obéissait plus, mais il savait que parfois elle jouait.
Il avait eu pitié, autrefois, de sa vie gâchée, renâclée depuis la mort de Léna, et de la sienne à lui par-dessus le marché.
En vain il avait tenté de s'extraire des sales mandibules du passé.

Mais mais mais. La mère trop belle l'avait ensorcelé. Démis, pétrifié.

Maman...Ma-man! Pourquoi t'es méchant avec moi? Pourquoi tu me fais toujours peur? Maman!

et le rire strident, hautain, et les yeux qui roulaient tandis que papa vomissait, yeux noirs...

-Louise!
Elle tourna vers lui son visage fatigué.
-Qu'est-ce que tu veux que j'te dise. Je vois pas à quoi ça va te servir. (Elle tousse). Ils sont morts.
Elle t'aurait pas aimé toute façon. Jamais.
Elle a pu faire ça qu'une fois dans sa vie.
Puis comme ça a pas marché comme elle voulait elle a haï, s'est aperçue que ça elle savait le faire, pis bien.
Je sais pas si tu peux imaginer ça mais elle t'a mis au monde juste pour le torturer, avec toi.
En te détestant, en lui faisant ressentir que si elle t'aimait pas c'est parce que tu étais de lui.
Et les fois où elle te câlinait c'était quand elle s'inventait un amant qui l'aurait engrossée.

Elle le rendait fou. A la fin y travaillait même plus.
Il avait gonflé comme une barrique. Il se saoulait et elle, elle exultait.

Le pire qu'elle a trouvé, c'est se tuer.
Pendant un temps elle a simulé un retour d'amour pour lui, puis un beau soir elle s'est tuée, grand sourire, en haut des escaliers, le regardant droit dans les yeux, fière et échevelée. S'est mise à rire, comme une folle qu'elle était devenue, et elle s'est tirée une balle dans la tête.

Je suis arrivée juste à ce moment là.
J'étais venue te ramener, j't'avais laissé dans la voiture, au cas où. Je faisais pas confiance à leur réconciliations de serpents. C'était toujours toi qui prenais.

Elle a basculé par-dessus la balustre.
Ça résonnait dans le hall, le corps a craqué, un long frisson d'os convulsifs.
J'ai hurlé. Il s'est retourné vers moi les yeux étincelants, si noirs que je croyais qu'il avait plus que la pupille.

J'ai reculé, il me faisait peur, et pourtant la douleur m'étranglait parce que je l'aimais, moi aussi, ta mère.

Il m'a poussée dehors, a fermé la porte, tous les volets et je restais devant, j'tremblais, j'comprenais plus.

Puis alors il a commencé à hurler, hurler à la mort, on entendait du fracas, il cassait tout. Et le silence. Des flammes ont pris, à l'étage. Je suis allée chercher de l'aide au village, toi transi dans la voiture. Trop tard.
Il est mort dedans, lui aussi.

Je suppose qu'il s'est tenu à côté d'elle, attendant, espérant que le toit s'écroule sur eux et les ensevelisse.

J't'ai gardé avec moi cinq ans encore.
Puis t'es parti en famille "relais" comme ils disent, toi aussi tu m'as laissée."

Il eut un geste d'impatience.

Le gaz sifflait dans la cuisine. Ca puait jusque dans la salle à manger.

-C'est quoi ça?
-Rien.
-Pourquoi elle le haïssait?
-Joshua!
-Pourquoi?

-Elle a appris qu'il l'avait trompé, toute une année avec une femme qu'il avait connu avant elle. Il avait eu une petite fille, l'avait appris après, et s'est fourvoyé dans cette double histoire.
Il les emmenait toujours à la maison, les avait fait passer pour une cousine et sa petite.
Elle l'avait cru, était tombée amoureuse de la gosse, qui venait d'avoir trois ans quand elle l'a appris. Lui venait juste de quitter cette femme, voyant qu'il aimait de plus en plus Léna...
Mais trop tard.
Ta mère l'a toujours aimé, Mathias. Trop. Et lui aussi, trop.
Ils pouvaient rien se pardonner. Ta mère s'est vengée une fois avec le meilleur ami de ton père, dans le lit conjugal. Puis avec moi aussi, d'une autre façon.

Ils se sont jetés leur amour au visage comme d'autres poignardent quelqu'un.
Et ils en sont morts.
Et toi, s'ils avaient su t'aimer, toi t'aurais pu faire leur bonheur et être avec eux ce soir".

Il prit le briquet, frotta la pierre.
Louise ferma les yeux.


Dernière édition par cobeae le Dim 15 Fév 2009 - 2:10, édité 3 fois

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Re: la poison

Message  Adrien' le Sam 14 Fév 2009 - 17:41

Je me suis permis de faire un seul message avec les deux.

J'aime beaucoup, le thème me parle et l'ambiance est très forte. Par exemple, on imagine sans peine les lieux alors que tu ne sembles pas les décrire ; il est seulement question d'un meuble et du feu, tout le reste tient dans le choix de certains mots. Les réticences de Louise donnent du poids à son récit, et certaines de ses tournures orales rendent à merveille le mal qu'elle a pour raconter ça. Son personnage est mystérieux, elle semble avoir été autre chose qu'une amie pour Léna (pas une amante non plus) mais elle refuse d'en dire plus, et d'ailleurs Joshua sait à quoi s'en tenir. On sent qu'ils se connaissent par cœur.

cobeae a écrit:Ce texte est en ébauche et comporte bon nombre d'imperfections. Je compte le remanier et le retravailler.
On va t'aider !
cobeae a écrit:Le "Petit" enjamba Dorn le chat, benoîtement couché sur le côté,
Il faut qu'on sache que c'est un chat, mais cela peut tenir à son attitude : Dorn, lové sous une chaise, ou Dorn, allangui, mais les oreilles pointées vers le visiteur, Dorn, qui ronronnait, immobile,...
cobeae a écrit:prit deux verres dans le vieux bahut écaillé et vint s'asseoir à côté de la vieille qui regardait sans le voir le feu crépiter.
ou : qui fixait sans le voir le feu crépitant
cobeae a écrit:Il ferma les yeux.
Il ne les rouvre pas ensuite ? Difficile de savoir si c'est de la confiance. Je l'imaginerais plutôt détourner la tête pour parler, ou fermer un instant les yeux. (et les rouvrir, plein de détermination)
cobeae a écrit:On va prendre le temps, on va boire, on va se couvrir et puis se jeter des regards méchants.
Je ne comprends pas : se couvrir.
cobeae a écrit:Depuis son attaque elle n'était plus aussi alerte, son corps ne lui obéissait plus, mais il savait que parfois elle jouait.
Ou : que parfois elle en jouait.
cobeae a écrit:Il avait eu pitié, autrefois, de sa vie gâchée, renâclée depuis la mort de Léna, et de la sienne à lui par-dessus le marché.
renâclée me gêne, utilisé loin de son sens habituel.
cobeae a écrit:En vain il avait tenté de s'extraire des sales mandibules.

Mais mais mais. La mère trop belle l'avait ensorcelé. Démis, pétrifié.
Des sales mandibules de Louise ? C'est l'ensorcellement de sa mère qui l'a retenu auprès de Louise ? C'est Louise qui est désignée comme sa mère (adoptive) ?
cobeae a écrit:et le rire strident, hautain, et les yeux qui roulaient tandis que papa vomit, yeux noirs...
Ici un problème de temps.
cobeae a écrit:Pendant un temps elle a simulé un retour d'amour pour lui, puis un beau soir elle s'est tuée,
Un beau soir donne l'idée d'un soir au hasard dans cette période-là, mais ce beau n'est pas tout à fait neutre, légèrement positif, ce qui ne convient pas à un événement aussi terrible.
cobeae a écrit:Elle a basculé par-dessus la balustre.
Ça résonnait dans le hall, le corps a craqué, un long frisson d'os convulsifs.
L'imparfait dure trop, on ne peut pas associer ce résonnait au bruit de la chute.
cobeae a écrit:Il m'a poussée, a fermé la porte, tous les volets et je restais devant, j'tremblais, j'comprenais plus.
Ou : Il m'a poussée dehors. Doucement, violemment, mécaniquement,... ? Les volets peuvent être déjà fermés, c'est le soir. Je ne l'imagine pas faire quelque chose d'aussi posé que fermer tous les volets, à ce moment-là. Pour faire sentir qu'il se barricade, il peut fermer la porte et y mettre la barre.
cobeae a écrit:Des flammes ont pris, à l'étage. J'ai couru chercher de l'aide au village, trop tard.
Elle a pu courir au sens de se dépêcher autant qu'elle pouvait, mais on se pose des questions : Pourquoi ne prend-elle pas la voiture ? Laisse-t-elle l'enfant seul à côté de la maison ? Ou alors le village est très proche, à quelques dizaines de mètres des maisons voisines, mais dans ce cas elle ne peut pas courir jusqu'au village, elle y est.
cobeae a écrit:J't'ai gardé avec moi cinq ans encore.
Puis t'es parti, toi aussi tu m'as laissée."
Cinq ans seulement, entre l'enfant trop jeune pour se souvenir et l'adolescent ou l'homme qui quitte sa mère adoptive, ça me paraît court.
cobeae a écrit:-C'est quoi ça?
-Rien. Pourquoi elle le haïssait?
-Joshua!
-Pourquoi?
Ici il manque un retour à la ligne, on intervertit les locuteurs. (Si c'est bien Louise qui a ouvert le gaz.)
D'une façon générale, il faudrait jouer sur la mise en page pour que les dialogues soient faciles à identifier et à attribuer (remarque d'un copain qui a dû s'y reprendre à deux fois pour comprendre) mais le format forum ne facilite pas les choses.
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Rectifications

Message  cobeae le Dim 15 Fév 2009 - 3:23

Je viens de changer quelques petites choses, suivant ce qui m'a été dit; mais pas pour tout car comme pour Dorn le chat, eh bien en tant qu'animal de la maisonnée c'est Dorn le chat, point.

Pour les volets qu'il ferme, c'est tout à fait Mathias, qui a besoin de se claquemurer dans ce moment, intense, terrible, il ferme sa maison et lui-même à toute intrusion. Je trouve justement normal qu'il fasse cela, à cet instant, eux d'ailleurs qui ne fermaient leurs volets que l'été pour échapper à la chaleur. C'est symbolique et évident pour lui, cet instant où il va la rejoindre en quelque sorte dans la mort se passera sans vis-à-vis aucun.

"Un beau soir" est ironique pour Louise, et l'aide à contrer sa souffrance à narrer l'instant de la mort de Léna.

"renaclé" me parle, mais peut être seulement à moi.
Renâcler est le bruit que font les animaux en reniflant (ce qui me fait penser à renifler lorsque l'on pleure). Et au sens figuré et familier, c'est "témoigner de la répugnance, refuser de faire", comme "renâcler à une besogne". Pour moi Louise après la mort de Léna renâcle tout simplement à vivre sa vie. D'où le terme employé, peut-être trop subjectif alors...

Pour l'imparfait utilisé pour"ça résonnait dans le hall" ( après la chute), c'est pour marquer l'impression de durée longue de cet instant chez Louise, tétaniséee.

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Re: la poison

Message  Adrien' le Dim 15 Fév 2009 - 7:07

Mais c'est ton droit le plus strict, tu n'as pas à te justifier. Le plus important est que tu aies confiance dans ton texte, les critiques ne servent qu'à avoir une idée de la lecture qui peut en être faite par quelqu'un d'autre, et éventuellement permettent de s'assurer qu'une chose fonctionne bien ou au contraire de confirmer un doute, d'attirer l'attention sur un détail... tu en fais ce que tu veux !
Cependant il est bien agréable de savoir que certaines de ces critiques t'ont été utiles.
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